Au lendemain des élections municipales, quatre responsables d’associations humanitaires rappellent aux mairies, notamment frontalières, leurs compétences en matière d’accueil des réfugiés. À elles de prendre des décisions politiques en faveur de la solidarité, qui bénéficieront d’ailleurs à l’ensemble des habitants.

Aujourd’hui, dans plusieurs territoires frontaliers en France, de nombreuses personnes exilées vivent dans des conditions d’extrême précarité, privées d’accès aux services les plus élémentaires. Dans ces lieux de passage, la seule réponse de l’État demeure la répression.

En 2024 et 2025, au moins 139 personnes sont mortes aux frontières franco-britannique et franco-italienne du fait des tentatives de passage et des conditions de vie précaires. Face aux dénis de droits aux frontières, les nouveaux élus municipaux peuvent mettre en œuvre une politique d’accueil juste et digne.

Action locale déterminée

Des solutions existent déjà : là où des collectivités locales ont agi, des initiatives concrètes ont permis de garantir un minimum de droits, même lorsque les compétences pour de nombreux services relèvent principalement de l’État. Dans l’agglomération de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), proche de la frontière franco-espagnole, des collectivités locales organisent l’accueil, pour quelques nuits, des personnes venant d’arriver en France.

Une autre commune du Pays basque, Urrugne (Pyrénées-Atlantiques), avait fait de son centre communal d’action sociale le lieu de collecte des vêtements chauds pour les personnes de passage et de coordination d’hébergements citoyens. À Briançon (Hautes-Alpes), à la frontière franco-italienne, l’ancienne municipalité a offert aux associations un lieu d’accueil permettant une première mise à l’abri temporaire.

Il y a quelques années, le maire de Lion-sur-Mer (Calvados), commune du littoral normand située à quelques kilomètres du port ferry de Ouistreham (Calvados), a mis à disposition un hébergement communal pour permettre aux personnes exilées de dormir au chaud la nuit pendant la période hivernale. Même imparfaites ou limitées, ces initiatives démontrent qu’une action politique locale déterminée, en collaboration avec la société civile, peut produire des résultats significatifs.

Ouvrir des dispositifs d’hébergement

Les nouveaux élus peuvent mettre en place des services de première nécessité. Les municipalités ont la possibilité d’ouvrir des dispositifs d’hébergement adaptés à tous, dont les personnes vulnérables, et des lieux de répit tels que des accueils de jour, permettant aux personnes de se poser, se reposer et d’accéder à une information sur leurs droits.

Elles peuvent a minima permettre l’accès à l’eau, l’hygiène et l’alimentation, par l’installation de points d’eau, douches, toilettes et espaces de distribution alimentaires. En soutenant des dispositifs d’accès aux soins médicaux et psychologiques, les communes peuvent apporter un fort soutien à ces personnes ayant souvent un parcours difficile.

Les nouveaux élus peuvent s’engager concrètement pour garantir les droits fondamentaux des personnes exilées. En facilitant l’information sur leurs droits dans les espaces d’accueil de la commune et sur les lieux de passage, et en missionnant les agents communaux pour l’accompagnement vers les dispositifs d’accès à la demande d’asile, de protection de l’enfance et d’accès aux droits sociaux afférents.

Réduire les risques liés aux parcours migratoire

Les collectivités peuvent également encourager et prendre part aux dispositifs de réduction des risques liés aux parcours migratoires tels que le sauvetage en mer ou en montagne, la lutte contre la traite des êtres humains ou l’accompagnement des victimes de trafic ou de violences policières. Les élus ont aussi une légitimité toute particulière à soutenir les personnes ayant vécu un drame humain sur leur territoire : en accompagnant les familles de personnes décédées ou disparues à la frontière.

Aux élus de créer un cadre sécurisé pour l’action associative et d’engager une coopération avec les acteurs de la société civile locale. Les initiatives de solidarité doivent être reconnues, soutenues et protégées. En accompagnant ces engagements locaux, les municipalités préservent une dynamique collective précieuse à nos villes et villages.

En facilitant les espaces d’échanges entre acteurs de la commune et institutions, elles renforcent la cohésion locale et le sentiment d’appartenir à un territoire ouvert et solidaire.

Nous lançons un appel aux nouveaux élus : il vous appartient désormais de transformer ces leviers en actes, pour faire de votre mandat un engagement concret en faveur de l’accueil, de la dignité et des droits fondamentaux des personnes exilées aux frontières.

Jean-François Corty, Président de Médecins du Monde
Didier Duriez, Président du Secours Catholique – Caritas France
Monique Guyot-Berni, Présidente de La Cimade
Anne Savinel-Barras, Présidente d’Amnesty International France
Tribune publiée par La Croix le 22 avril 2026
https://www.la-croix.com/a-vif/face-aux-denis-de-droits-aux-frontieres-les-maires-ont-les-moyens-d-agir-pour-un-accueil-juste-et-digne-20260422